Le Maroc n'est pas un territoire de tournage émergent. Le Centre cinématographique marocain (CCM) a été créé en 1944, et le pays a construit depuis une chaîne complète : sociétés de production agréées, techniciens formés, studios en activité, et un guichet unique pour les autorisations. Ce qui change ces dernières années, c'est le volume.
En 2025, le CCM a recensé 48 tournages cinématographiques et télévisés étrangers, représentant plus de 1,16 milliard de dirhams. Tous formats confondus, la dépense étrangère dépasse 1,21 milliard de dirhams, contre 497 millions en 2017. Ce guide résume ce qu'une production étrangère doit arbitrer avant d'engager un tournage, et renvoie vers le détail de chaque étape.
Ce qui fait venir les productions
Trois éléments se combinent, et aucun ne suffit seul.
- Un remboursement de 30 % des dépenses éligibles, sans plafond depuis la réforme du 28 mars 2022.
- Une densité de décors rare sur une même journée de route : désert, montagne, médina, côte atlantique, architecture coloniale.
- Un écosystème technique local, alimenté aussi par la production nationale — 596,48 millions de dirhams en 2025 — donc disponible en dehors des pics de tournage international.
Le troisième point est le moins visible depuis l'étranger et le plus déterminant en pratique. Un territoire qui n'a que des paysages oblige à importer toute l'équipe ; un territoire qui a des équipes permet de recruter sur place et de faire baisser le coût réel du plan de travail.
Le dispositif d'aide en une page
Le mécanisme marocain est un remboursement versé après coup, pas un crédit d'impôt. Trois conditions ouvrent le droit à l'aide, et elles se vérifient dès le plan de travail.
| Condition | Seuil |
|---|---|
| Dépense minimale au Maroc | 10 millions de dirhams hors taxes |
| Durée minimale de tournage | 18 jours, construction de décors comprise |
| Structure porteuse | Société de production marocaine agréée par le CCM |
Le dispositif couvre les longs métrages de fiction et documentaires, les séries de fiction télévisuelles, les téléfilms, les docufictions et les œuvres de fiction destinées à internet. Il exclut l'animation, les courts métrages, les films promotionnels, les clips, la téléréalité et les captations de spectacles.
La chaîne d'autorisations
Une production étrangère ne dépose pas de demande d'autorisation de tournage en son nom propre. L'autorisation n'est délivrée qu'à des sociétés titulaires de l'autorisation d'exercice et de l'agrément de production délivrés par le CCM — donc à une société marocaine. La production internationale l'accrédite pour exécuter le tournage pour son compte.
Concrètement, le partenaire marocain constitue et dépose le dossier sur la plateforme numérique du CCM : formulaire signé, contrats des membres de l'équipe, assurance accidents du travail, assurance responsabilité civile, planning prévisionnel, et les pièces propres au format tourné.
Les décors et leur géographie
L'atout marocain n'est pas un décor en particulier mais leur concentration. Ouarzazate concentre les studios et l'accès au désert ; le Haut Atlas offre la montagne et la neige en saison ; Marrakech, Fès et Tétouan fournissent les médinas ; Casablanca l'architecture urbaine et industrielle ; Essaouira et la côte atlantique l'océan ; le Sud saharien les grandes étendues.
Cette proximité a un effet direct sur le plan de travail : un même camp de base peut desservir plusieurs univers visuels, ce qui réduit les journées de transfert — souvent le poste caché le plus lourd d'un tournage en extérieur.
Qui tourne au Maroc
Le bilan 2025 du CCM donne la mesure des projets accueillis et de leur dépense locale.
| Production | Dépenses au Maroc |
|---|---|
| The Odyssey (Christopher Nolan) | 252 MDH |
| Série américaine, titre de travail « UNT Merc » | 234,3 MDH |
| The Terminal List, saison 2 | 156,9 MDH |
| The Agency, saison 2 | 113,9 MDH |
| Here Comes the Flood (Fernando Meirelles) | 42,7 MDH |
La répartition par format est instructive : les séries télévisées représentent à elles seules plus de 705,5 millions de dirhams de dépense étrangère en 2025, devant les longs métrages, à près de 421,8 millions. Le Maroc n'est plus seulement un territoire de grands films, c'est devenu un territoire de séries — un format qui revient, saison après saison, sur les mêmes décors et avec les mêmes équipes.
La publicité constitue un flux distinct et important : 116 tournages publicitaires ont été autorisés en 2025. Ces projets ne relèvent pas du dispositif d'aide, qui exclut le format, mais ils entretiennent l'activité des équipes et des loueurs toute l'année.
Anticiper le calendrier
Le dispositif d'aide impose ses propres délais : réponse du CCM sous 30 jours, garantie de 5 % à verser dans les 30 jours suivant l'accord, tournage à démarrer dans les 6 mois, production à achever dans les 12 mois suivant le premier jour de tournage, dossier comptable à déposer dans les 3 mois, remboursement dans un délai maximum de 180 jours.
Une production qui décide tard de solliciter l'aide se retrouve à caler son plan de travail sur un compteur déjà lancé. L'arbitrage se fait au développement, pas à la préparation.
Pour aller plus loin
Chaque étape résumée ici fait l'objet d'un article dédié : le cash rebate et son assiette, la procédure d'autorisation de tournage, et le rôle exact du partenaire de production marocain — la décision qui conditionne toutes les autres.




