Le cash rebate marocain est un remboursement, pas un crédit d'impôt. La production dépense au Maroc, justifie ses dépenses, et le Centre cinématographique marocain (CCM) lui reverse 30 % de l'assiette éligible en un seul versement. Il n'y a ni cession de créance à organiser, ni étalement sur plusieurs exercices, ni plafond à surveiller depuis 2022.
Cette simplicité a un prix : le dispositif est strict sur trois points — le montant minimum investi, la durée minimale de tournage, et l'obligation de passer par une société de production marocaine agréée. Une production qui manque l'un des trois ne récupère rien.
Le principe et le taux
Le taux applicable dépend de la date à laquelle les dépenses ont été engagées. La réforme du 28 mars 2022 a fait passer le remboursement de 20 à 30 % et a supprimé le plafond qui limitait auparavant l'aide à 18 millions de dirhams par projet.
| Avant le 28 mars 2022 | À partir du 28 mars 2022 | |
|---|---|---|
| Taux de remboursement | 20 % des dépenses éligibles | 30 % des dépenses éligibles |
| Plafond par projet | 18 millions de dirhams | Aucun plafond |
| Modalité de versement | Versement unique | Versement unique |
L'absence de plafond est ce qui distingue le Maroc de la plupart des territoires concurrents : sur une production qui dépense 80 millions de dirhams sur place, l'aide suit la dépense au lieu de s'arrêter à un palier.
Les trois conditions d'accès
Dix millions de dirhams investis au Maroc
Le projet doit représenter un investissement d'au moins 10 millions de dirhams hors taxes sur le territoire marocain. Le seuil porte sur la dépense locale, pas sur le budget total du film : une production internationale au budget bien supérieur qui ne tourne que quelques jours au Maroc n'atteindra pas nécessairement le seuil.
Dix-huit jours de tournage minimum
La production doit tourner au moins 18 jours au Maroc. Les jours consacrés à la construction des décors sont comptabilisés dans ce total, ce qui compte pour les projets à décors lourds — une série d'époque qui bâtit sur plusieurs semaines à Ouarzazate atteint le seuil avant même le premier jour de prise de vues.
Une société de production marocaine agréée
Une production étrangère ne dépose pas son dossier elle-même. Elle doit s'associer à une société marocaine titulaire de l'autorisation d'exercice et de l'agrément de production délivrés par le CCM. Cette société porte la demande, exécute la production sur place et engage sa responsabilité sur la conformité des dépenses déclarées.
Quels formats sont éligibles
Le dispositif vise la fiction et le documentaire de format long. Le CCM publie la liste des œuvres admises et celle des formats explicitement exclus.
| Formats éligibles | Formats exclus |
|---|---|
| Longs métrages de fiction | Films d'animation |
| Longs métrages documentaires | Courts métrages |
| Séries de fiction télévisuelles | Films promotionnels et institutionnels |
| Téléfilms | Clips musicaux |
| Docufictions | Téléréalité |
| Œuvres de fiction destinées exclusivement à une diffusion sur internet | Captations de spectacles |
L'exclusion de la publicité mérite d'être notée, car elle contraste avec l'activité réelle du pays : le CCM a autorisé 116 tournages publicitaires en 2025. Ces tournages se font donc hors dispositif d'aide, sur le seul intérêt économique et logistique du territoire.
Ce qui entre dans l'assiette des dépenses
Une dépense n'est éligible que si elle est facturée par une personne physique ou morale établie au Maroc, disposant d'un identifiant fiscal ou d'un numéro de patente. Deux règles encadrent ensuite l'assiette :
- Aucune dépense éligible ne peut être réglée en espèces. Les paiements doivent être traçables.
- Les dépenses éligibles sont plafonnées à 90 % du coût total de l'œuvre.
La première règle a une conséquence pratique sur la façon dont un tournage est administré au quotidien : les caisses d'avance, les règlements de figuration et les achats de dernière minute doivent être bancarisés pour rester dans l'assiette. C'est un point sur lequel une production habituée à d'autres territoires se fait régulièrement surprendre.
Le calendrier de la procédure
Le dispositif fonctionne à délais fixes. Chaque étape ouvre un compteur, et le dépassement fait tomber le bénéfice de l'aide.
- Dépôt de la demande auprès du CCM : nature du projet, plan de diffusion, budget et estimation des dépenses éligibles.
- Réponse du CCM sous 30 jours, dans la limite des crédits disponibles.
- Versement par la production d'une garantie de 5 % du montant de l'aide demandée, dans les 30 jours suivant l'accord — délai renouvelable une fois.
- Démarrage du tournage dans les 6 mois suivant le dépôt de la garantie.
- Achèvement de la production dans les 12 mois à compter du premier jour de tournage.
- Dépôt du dossier comptable dans les 3 mois suivant l'achèvement.
- Versement de l'aide en une seule tranche, dans un délai maximum de 180 jours.
La garantie de 5 % est intégralement restituée à l'achèvement du projet. Elle n'est pas un coût, mais elle mobilise de la trésorerie entre l'accord et la fin de production — un poste à intégrer au plan de financement plutôt qu'à découvrir en cours de route.
Les contreparties
En échange du remboursement, la production s'engage sur plusieurs points au bénéfice du CCM :
- Céder au CCM les droits d'exploitation culturelle de l'œuvre, à compter d'un an après sa sortie.
- Déposer une copie du film auprès du Centre.
- Autoriser l'utilisation d'extraits à des fins de promotion du territoire.
- Faire figurer la mention du CCM au générique.
- Avoir soldé l'intégralité des dettes contractées auprès des fournisseurs et des équipes au Maroc.
La dernière condition est la plus structurante. Le solde des fournisseurs et des techniciens marocains conditionne le versement : une production en litige avec ses prestataires locaux ne touche pas son rebate.
Ce que le dispositif a produit
Le bilan 2025 publié par le CCM donne la mesure de l'effet. Le Maroc a accueilli 48 tournages cinématographiques et télévisés étrangers, représentant plus de 1,16 milliard de dirhams. Tous formats étrangers confondus — spots publicitaires, films institutionnels et variétés musicales inclus — le total dépasse 1,21 milliard de dirhams, contre 497 millions en 2017.
| Production | Dépenses au Maroc |
|---|---|
| The Odyssey (Christopher Nolan) | 252 MDH |
| Série américaine, titre de travail « UNT Merc » | 234,3 MDH |
| The Terminal List, saison 2 | 156,9 MDH |
| The Agency, saison 2 | 113,9 MDH |
| Here Comes the Flood (Fernando Meirelles) | 42,7 MDH |
La production nationale a représenté de son côté 596,48 millions de dirhams sur le même exercice. L'écosystème technique que les tournages étrangers trouvent sur place n'est donc pas alimenté par eux seuls, ce qui explique la disponibilité d'équipes formées en dehors des pics de production internationale.
En pratique
Trois arbitrages se posent tôt dans le développement d'un projet et décident de l'accès au dispositif : le volume de dépense localisé au Maroc, le nombre de jours réellement tournés sur place, et le choix du partenaire marocain. Les deux premiers sont des questions de plan de travail. Le troisième est une décision structurante, parce que le partenaire porte la demande, l'autorisation de tournage et le dossier comptable final.




