Un territoire de tournage se juge moins à ses paysages qu'à la profondeur de son vivier technique. Un pays sans équipes oblige à faire voyager cinquante personnes ; un pays avec des équipes permet d'en faire voyager dix. L'écart se lit directement sur le budget, sur le plan de transport et sur la durée de préparation.
Un vivier entretenu toute l'année
La disponibilité des techniciens ne dépend pas seulement des tournages étrangers. En 2025, la production nationale marocaine a représenté 596,48 millions de dirhams, et 26 longs métrages marocains ont été achevés.
Le volume d'autorisations délivrées la même année donne une idée plus concrète de l'activité réelle, tous formats confondus :
| Format | Nombre |
|---|---|
| Films publicitaires | 116 |
| Courts métrages | 104 |
| Longs métrages | 34 |
| Séries télévisées | 22 |
| Documentaires sahraouis | 20 |
| Films institutionnels | 20 |
| Téléfilms | 16 |
Cette activité continue est ce qui distingue un vivier d'un simple bassin de main-d'œuvre. Les 116 tournages publicitaires, exclus du dispositif d'aide, jouent ici un rôle discret mais réel : ils font travailler les équipes et les loueurs entre deux grosses productions internationales.
L'effet série
En 2025, les séries télévisées ont représenté à elles seules plus de 705,5 millions de dirhams de dépense étrangère, devant les longs métrages, à près de 421,8 millions.
Ce basculement compte pour les équipes. Une série revient — deuxième saison, troisième saison — sur les mêmes décors, avec les mêmes prestataires et souvent les mêmes techniciens. C'est le format qui professionnalise le plus vite un territoire, parce qu'il installe des habitudes de travail au lieu de créer des pics ponctuels.
Le quota de techniciens marocains
C'est l'obligation la plus structurante pour un plan de recrutement, et la plus mal rapportée en ligne. Le CCM publie, département par département, la part minimale de techniciens marocains qu'une production étrangère doit employer — ainsi qu'un nombre minimal de stagiaires marocains.
| Domaine de spécialisation | Techniciens marocains | Stagiaires |
|---|---|---|
| Direction de production | 30 % | Un au moins |
| Image (prise de vue) | 30 % | Un au moins |
| Son | 30 % | Un au moins |
| Décors | 30 % | Un au moins |
| Éclairage et machinerie | 30 % | Un au moins |
| Réalisation | Deux au moins | Un au moins |
| Costumes | Deux au moins | Un au moins |
| Coiffure | Deux au moins | Un au moins |
| Régie | Un au moins | Un au moins |
| Effets spéciaux | Un au moins | Un au moins |
| Maquillage artistique | Un au moins | Un au moins |
| Direction des services artistiques cinématographiques | Un au moins | Un au moins |
Deux lectures de ce tableau. La première est réglementaire : le recrutement local n'est pas une préférence, c'est une condition. La seconde est budgétaire : ces seuils sont atteignables précisément parce que le vivier existe, et l'obligation de stagiaires alimente ce vivier tournage après tournage.
La formation
Deux établissements structurent la formation aux métiers techniques :
- L'ISMAC, Institut supérieur des métiers de l'audiovisuel et du cinéma, créé par décret du 15 mars 2012 et implanté à Rabat. Établissement public sous tutelle du ministère chargé de la culture et de la communication, il est le seul établissement public de ce type au Maroc.
- L'ESAV Marrakech, École supérieure des arts visuels, orientée depuis 2006 vers la professionnalisation et l'insertion de ses étudiants, formant réalisateurs, techniciens, graphistes et designers.
Le projet de Cité internationale du cinéma lancé à Ouarzazate en 2026 prévoit un pôle de formation, ce qui prolongerait cette chaîne au plus près des plateaux.
L'encadrement professionnel
Le CCM tient un registre national du cinéma et délivre une carte professionnelle qui couvre douze métiers : réalisation, production, prise de vues, prise de son, montage, décoration, costume, maquillage, coiffure, électricité et machinerie, casting, effets spéciaux. Les contrats conclus avec les membres de l'équipe figurent par ailleurs au dossier de demande d'autorisation de tournage : les équipes ne sont pas seulement recrutées, elles sont déclarées.
C'est le partenaire de production marocain qui contracte avec les techniciens locaux et porte les obligations sociales correspondantes. Le lien avec le dispositif d'aide est direct : le versement du rebate suppose que l'intégralité des dettes contractées auprès des fournisseurs et des équipes au Maroc ait été soldée.
Les conditions de travail
La presse professionnelle internationale relève deux caractéristiques du marché marocain : des équipes qui travaillent six jours par semaine, et des coûts inférieurs à ceux de leurs équivalents occidentaux.
La semaine de six jours n'est pas un détail de plan de travail. Sur un tournage de huit semaines, elle change le nombre de jours utiles disponibles et donc la façon dont le plan de travail se construit. Elle se contractualise, et se vérifie auprès du partenaire.
Ce qui s'importe encore
Aucun territoire ne fournit tout. Une production internationale continue généralement de faire voyager son équipe de direction — réalisation, image, production, décoration — et recrute localement les postes d'exécution, la régie, la machinerie, l'électricité, la construction et la figuration.
La bonne question à poser au producteur exécutif n'est donc pas « avez-vous des équipes ? » mais « quels postes précis pouvez-vous couvrir localement à la période que je vise, et lesquels dois-je faire venir ? ». La réponse varie selon la saison et selon les tournages déjà engagés dans la région.
En pratique
Le vivier marocain est réel, entretenu par une production nationale continue et par un flux publicitaire dense, et structuré par deux écoles et un registre professionnel. Sa disponibilité, elle, n'est jamais générale : elle se vérifie poste par poste, à une date donnée, auprès d'un partenaire qui connaît l'état du marché local.




